🎙️ Podcast
Espèce de Deuil
Un podcast sur le deuil animal. Celui d'après, et celui d'avant, quand votre animal est malade et que vous savez comment ça va finir.
Pourquoi ce podcast
Votre chat est mort hier. Ce matin, vous avez inventé une gastro, ou vous avez filé au boulot quand même, les yeux gonflés, en accusant une allergie. Si ça vous parle, vous êtes loin d'être une exception.
Ça fait longtemps que je m'intéresse aux mécanismes du deuil animal et à tout ce qui l'entoure, pas seulement parce que je l'ai vécu. Un constat revient sans cesse : on est très nombreux à cacher sa peine derrière un sourire en réunion et un "ça va". On n'ose pas demander de l'aide, parce qu'on connaît par cœur la phrase minable : "ce n'était qu'un chat".
Sauf que ce n'était pas qu'un chat. Ce deuil prend des formes qu'on ne raconte jamais. Celles-ci, et bien d'autres :
- ne pas réussir à ranger sa gamelle ;
- le chercher encore du regard en rentrant ;
- ne pas oser dire qu'on pleure son animal autant qu'un proche ;
- ne pas avoir été là quand il est mort ;
- s'en vouloir, encore et encore, sans savoir de quoi exactement ;
- avoir envie de hurler sur la personne qui vous conseille d'en reprendre un ;
- ne plus avoir la force de rien, pendant des jours ;
- sentir la boule revenir, des années après.
À la perte s'ajoute alors une deuxième blessure, et elle n'a rien de secondaire. Devoir taire son chagrin, au lieu d'en parler librement. Ne pas pouvoir s'arrêter, ni prendre le temps dont on a besoin. C'est un traumatisme de plus, posé sur le premier, et personne ne vous aide à le porter. Ce podcast est né de là, pour qu'on puisse enfin pleurer son animal sans s'excuser.
Ibra, et le deuil d'avant
J'ai perdu plusieurs chats au fil de ma vie. C'est Ibra qui m'a appris qu'un deuil peut commencer bien avant la mort. Le sien a commencé le jour où je l'ai emmené chez le véto pour ses yeux. J'en suis ressortie avec un diagnostic de PIF. Ibra, mon chat très, très gentil, n'allait jamais guérir. J'étais dévastée, et ce n'était que le début.
Pendant des mois, il a fallu le soigner, faire comme si, et porter cet horrible savoir. Il mangeait encore, il jouait même un peu. Mais je le regardais perdre ses moyens, jusqu'à le voir manger des grains de litière, en sachant qu'un jour, ce serait à nous de décider de son euthanasie. Ces mois-là ont été affreux. C'était déjà un deuil, alors qu'il était encore là.
Le moment est venu quand il a perdu beaucoup de poids, qu'il a cessé de manger et qu'il est devenu très faible. Nous l'avons senti autant que nous l'avons su. Nous allions lui éviter de souffrir : c'était le bon choix, et je ne me suis même pas sentie coupable, alors que la culpabilité fait partie des sentiments les plus violents du deuil.
Puis il y a eu l'euthanasie. Des mois à la voir venir, et rien ne m'avait préparée à ça : sortir du cabinet avec sa cage vide. Les larmes plein les yeux. L'air qui ne passait plus, impossible de respirer. Et dans la tête, plus rien, un brouillard total. Juste cette cage vide, et lui qui n'était plus dedans.
Quand on sort du cabinet vétérinaire sans lui, et qu'on sait qu'on ne le reverra plus jamais, chez qui on va avec ça ?
Ce jour-là, je me la suis posée, cette question. Vous aussi, peut-être, avec toutes celles qui viennent avant et après : comment vivre les mois de maladie, comment savoir que c'est le moment, comment l'annoncer à un enfant, à qui en parler quand l'entourage ne comprend pas. Ce podcast veut y répondre. Aux questions qu'on n'a jamais osé poser, et à celles qu'on a posées sans obtenir de réponse, faute d'être pris au sérieux.
Parfois, j'aimerais qu'on se sente un peu mieux en l'écoutant. Quant aux gens qui lâchent "ce n'était qu'un chat" ou "ce n'était qu'un animal", j'aimerais qu'ils en ressortent avec la honte qu'ils méritent.
On y partagera nos histoires : les moments déchirants, et les moments doux aussi, parce qu'il y en a. Un souvenir qui fait sourire au lieu de pleurer. De la gratitude qui se mêle au chagrin.
Les vôtres, je les raconterai au micro si vous m'y autorisez. Vous pourrez aussi venir témoigner vous-même, ou m'envoyer un enregistrement : toutes les formes sont possibles. Sous votre nom ou de façon anonyme, avec un nom d'emprunt ou une voix modifiée, c'est vous qui choisissez.
Je compte aussi y recevoir des invités : des psys, des éthologues, des comportementalistes félins, et d'autres pros de l'animal. Les premières invitations sont parties, et des personnes m'ont déjà dit leur intérêt. Certains invités ne seront pas d'accord avec moi, et tant mieux : on est là pour croiser nos regards, pas pour asséner une seule réponse à chaque question. Je n'ai pas de plan gravé dans le marbre, j'ai envie de tester et d'aller là où la parole nous emmène.
Ce n'est ni une thérapie, ni un accompagnement psychologique. Mais ce podcast aura servi à quelque chose si une seule personne, un jour, se sent un peu moins seule. Si quelqu'un l'écoute et se dit : moi aussi. Si un parent y trouve un livre, ou juste les mots pour expliquer à son enfant que le chat ne reviendra pas. Alors ce sera gagné.
Avant le premier épisode, c'est vous que je veux entendre.
Le sondage Pleurer son animal sans s'excuser est ouvert jusqu'au dimanche 25 octobre au soir. Une seule question est obligatoire. Vos réponses sont anonymes, sauf si vous laissez votre mail à la fin pour savoir quand le podcast sort.
Si c'est trop lourd à porter, n'hésitez pas à m'appeler ou à m'écrire au 06 44 24 76 81, pour qu'on en discute.
Pourquoi « Espèce de Deuil »
Un nom brut
Perdre son animal, c'est dévastateur. C'est violent. Le chagrin, la colère, la culpabilité et le vide s'abattent sur vous d'un coup, et des mois de maladie n'y changent rien. Je voulais un nom qui dise ça.
Sur ce sujet, beaucoup de noms adoucissent, à coups d'empreintes et de lumière. J'ai moi-même cédé à cette douceur : dans mon logiciel de gestion, un chat mort porte un 🌈, et le nom de code du podcast, c'était Arc-en-ciel. Mais dans la vie, la vraie, je ne veux rien cacher ni minimiser. Pas de symbole : je veux que le deuil soit perçu comme tel, avec ses émotions brutes. Pas celles qu'on a envie de vivre. Celles qui coupent la respiration, et qui vous enferment avec votre chagrin.
Le mot espèce
On semble penser que la gravité d'une perte, et celle de nos émotions, se mesure à l'espèce de celui qu'on a perdu. Quand on perd un membre de sa famille, la loi prévoit des jours de congé. Quand on perd son animal, rien.
Qui a décidé à notre place que ce chagrin-là comptait moins ?
Si c'est trop lourd à porter, n'hésitez pas à m'appeler ou à m'écrire au 06 44 24 76 81, pour qu'on en discute.