La face avant du paquet est faite pour vendre. Ce qui vous renseigne tient en quelques lignes au dos, et la réglementation y encadre chaque mot au pourcentage près.
Il suffit de 5 réflexes. Une fois qu'on les a, on lit n'importe quel paquet en une minute, en magasin comme devant son placard.
Les 5 réflexes
1
Complet
Un aliment complémentaire ne peut pas être le seul repas.
2
Le pourcentage
Dès qu'un ingrédient est mis en avant, son taux doit être écrit.
3
L'eau
Sans passer sur matière sèche, on compare les choux et les carottes.
4
Le reste
Les glucides ne sont jamais déclarés. Ils se calculent.
5
Le sucre
Le chat ne le goûte pas, et son foie l'encaisse mal.
1. « Complet » ou « complémentaire »
C'est le mot le plus utile de l'étiquette, et il passe souvent inaperçu. Le règlement européen définit un aliment complet comme « un aliment composé pour animaux qui, en raison de sa composition, suffit à assurer une ration journalière ». Un aliment complémentaire, lui, « n'assure la ration journalière que s'il est associé à d'autres aliments ».1
En clair : une pâtée marquée complémentaire peut être excellente, mais elle ne peut pas être le seul repas de la journée. Beaucoup de sachets gourmets, de mousses et de terrines entrent dans cette catégorie. Ils accompagnent, ils ne remplacent pas.
Le mot figure toujours sur le paquet. Il est souvent en petit, à côté de la mention de l'espèce et du stade de vie.
2. Le pourcentage derrière le mot
Un paquet qui montre un morceau de bœuf en photo, ou qui écrit « au bœuf » en gros, s'engage sur un chiffre. Le règlement l'impose : « la dénomination et le pourcentage pondéral d'une matière première pour aliments des animaux sont indiqués si la présence de la matière première en question est mise en relief dans le cadre de l'étiquetage au moyen de mots, d'images ou de graphiques ».2
Le mot, l'image et le graphique sont visés tous les trois. Une photo de saumon vaut donc engagement, au même titre qu'un texte.
Reste à savoir ce que vaut chaque formule. Le chiffre vient du code de bonnes pratiques de la profession, approuvé par la Commission européenne en 2011 et dont la révision a été endossée en 2018.3 Ses 6 paliers se lisent directement sur n'importe quel paquet.
Six formules, six promesses très inégales
Bœuf garanti au minimum, en % du produit
« bœuf arôme »0 %
« aromatisé au bœuf »< 4 %
« au bœuf »4 %
« riche en bœuf »14 %
« menu au bœuf »26 %
« tout bœuf »100 %
La piste entière vaut 100 % du produit. Cinq formules sur six se jouent dans le premier quart, et la plus courante, « au bœuf », garantit 4 %. Le contour vide marque un plafond : « aromatisé » promet moins de 4 %, pas au moins 4 %. Paliers du code de bonnes pratiques.3
Les mots qui valent le même pourcentage
Ce qui est écrit
Ce que ça garantit
« bœuf arôme »
Aucun bœuf. Le goût vient d'un arôme, déclaré dans la liste des additifs.
« aromatisé au bœuf »
Il y a du bœuf, mais moins de 4 %.
« au bœuf », « avec du bœuf », « contient du bœuf »
La formule la plus courante, et la moins généreuse de celles qui engagent.
« riche en bœuf », « enrichi en bœuf », « extra bœuf »
3,5 fois plus que la ligne précédente.
« menu au bœuf », « repas au bœuf »
Le palier le plus élevé avant l'exclusivité.
« tout bœuf », « bœuf seulement »
Aucune autre matière première, hors additifs et minéraux nécessaires.
L'écart entre « au bœuf » et « riche en bœuf » n'est écrit nulle part sur l'emballage. Il vaut 10 points de pourcentage.
« Avec » ou « et », 10 points d'écart
Quand deux ingrédients sont annoncés, la conjonction décide. Le code donne l'exemple lui-même : « enrichi en poulet avec du riz » garantit 14 % de poulet et 4 % de riz. « Enrichi en poulet et riz » garantit 14 % de chacun.3
Un mot de différence, et le second ingrédient passe de 14 à 4 %.
Deux détails encore, qui servent en magasin. Le pourcentage annoncé doit être « un chiffre spécifique », pas une fourchette ni un minimum.3 Et un ingrédient déshydraté se compte en équivalent frais : le code cite « carottes séchées (0,45 %, équivalent à 4 % de carottes) ».3 Le chiffre qui paraît minuscule est parfois le bon.
3. Comparer ce qui est comparable
Une pâtée, c'est environ 80 % d'eau. Une croquette, environ 8 %. Mettre côte à côte les 10 % de protéines de l'une et les 32 % de l'autre revient à comparer une soupe et un biscuit : la boîte perd d'avance, et à tort.
L'humidité est déclarée dès qu'elle dépasse 14 %.3 Si elle ne figure pas, c'est qu'elle est en dessous. Il suffit alors de retirer l'eau des deux côtés avant de comparer : on divise le taux affiché par la matière sèche, c'est-à-dire 100 moins l'humidité.
Le même aliment, avant et après retrait de l'eau
Protéines, en % du produit
Sur le paquet
Pâtée10 %
Croquette32 %
Une fois l'eau retirée
Pâtée50 %
Croquette35 %
Lecture : 10 divisé par 20 % de matière sèche donne 50 %. 32 divisé par 92 donne 35 %. La pâtée passe devant. Exemple construit à partir de valeurs d'étiquette courantes, ce n'est pas une moyenne du marché.
4. Le chiffre qui n'est jamais écrit
Cherchez les glucides sur un paquet : ils n'y sont pas. Les constituants analytiques déclarent les protéines, les matières grasses, la cellulose, les cendres et l'humidité. Ce qui reste pour arriver à 100, ce sont eux.
Les 5 premières lignes sont celles de l'étiquette. La sixième est ce qu'il faut pour atteindre 100 g : c'est la part de glucides, et aucun texte n'oblige à l'écrire. Exemple construit à partir de valeurs d'étiquette courantes.
Combien ? Une revue vétérinaire de 2017 relève que les aliments pour chats du commerce apportent le plus souvent entre 20 et 40 % de leur énergie sous forme de glucides. Chez un chat qui chasse, la proie en apporte environ 2 %.4
L'écart est considérable, et il ne se lit pas sur le paquet. Un aliment à 30 % n'est pas mauvais pour autant. Mais le chiffre existe, il varie beaucoup d'une marque à l'autre, et il se calcule en 30 secondes.
5. Les sucres ajoutés
Le chat ne perçoit pas le sucré. Le gène du récepteur, Tas1r2, porte chez lui une délétion et des codons stop qui l'empêchent de fonctionner. C'est vrai du chat de salon, mais aussi du tigre et du guépard.5
Un sucre ajouté dans une pâtée ne lui fait donc pas plaisir. Il sert à la texture, à la couleur, à la conservation, ou à nous.
Et il ne passe pas inaperçu côté métabolisme. Plusieurs travaux relèvent une activité de glucokinase hépatique minime, voire absente, chez le chat : l'enzyme qui encaisse les grosses arrivées de sucre.4
Le lactose mérite une mention à part, parce qu'on le lit souvent de travers. Dans l'étude de référence sur la digestion des glucides chez le chat, il est mieux digéré que l'amidon. Mais incorporé à 200 g par kilo de ration, il a donné la diarrhée à une partie des chats et fait baisser l'absorption des protéines de tout le repas.6 C'est donc une question de quantité.
En pratique, sur une étiquette : sucre, sirop de glucose, caramel, lactose, mélasse. S'ils sont là, ils sont là pour autre chose que le chat.
Les 5 réflexes sur deux paquets
Assez de règles. Voici deux produits du commerce, une pâtée et des croquettes, toutes deux pour chat adulte.
Reste à leur passer les 5 réflexes.
Les 5 réflexes sur une pâtée Lily's Kitchen et sur des croquettes Franklin, relevées en septembre 2026
Le réflexe
PâtéeLily's Kitchen
CroquettesFranklin
Ce que ça dit
1Complet
Oui
Oui
Chacun peut être le seul repas de la journée.
2Le pourcentage
4 % de saumon 37 % de poulet
70 % de saumon
« Poulet au Saumon » met le saumon en avant, et 4 % est le minimum légal pour écrire le mot.
3L'eau
82 % d'eau 9,5 % de protéines
10 % d'eau 34 % de protéines
Ces deux taux de protéines ne se comparent pas en l'état.
4Le reste
Non déclarés
29 % de glucides
Le calcul par différence donne 29,5 %, et l'écart tient aux arrondis.
5Le sucre
Aucun
Aucun
Ce réflexe-là ne départage pas ces deux paquets.
Le troisième est le seul qui change le classement. Retirons l'eau des deux côtés.
Les deux mêmes paquets, une fois l'eau retirée
En % de la matière sèche, c'est-à-dire du produit sans son eau
Protéines
Pâtée53 %
Croquettes38 %
Glucides
Pâtée0 %
Croquettes32 %
Lecture : 9,5 divisé par 18 % de matière sèche donne 53 %, et 34 divisé par 90 donne 38 %. Le classement s'inverse. Valeurs calculées à partir des deux étiquettes, relevées en septembre 2026.
La pâtée passe devant, et elle n'apporte aucun glucide : ses lignes déclarées totalisent déjà 100,3 %, il ne reste pas de place.
Ces croquettes sont sans céréales, et il y reste tout de même un tiers de glucides. Ils viennent des pois, du pois chiche et de la courge.
Dernier détail, sur le sucre. Trois ingrédients de la croquette en portent le nom sans en être : fructo-oligosaccharides, mannan-oligosaccharides, et un ferment. Ce sont des fibres, dosées à 120 et 140 mg par kilo. Le chat ne les digère pas, elles nourrissent sa flore.
🍽️ PâtéeLien affilié
La pâtée Lily's Kitchen
Composition courte : poulet, porc, saumon, minéraux. Rien d'autre. 53 % de protéines une fois l'eau retirée, et pas de place pour des glucides. Le nom met le saumon en avant alors qu'il est à 4 % : c'est légal, et c'est exactement ce que le réflexe 2 apprend à voir.
Pour chat adulte stérilisé, sans céréales, 70 % de saumon dont l'étiquette détaille les quatre formes. La marque déclare ses glucides alors que rien ne l'y oblige, et le chiffre résiste au calcul.
1. « Cendres » : personne n'est passé au crématorium
C'est un terme de laboratoire. Rien n'a brûlé dans le paquet, et rien n'y a été ajouté.
Pour mesurer les minéraux d'un aliment, on en incinère un échantillon : tout ce qui est organique part en fumée, et ce qui reste au fond, ce sont les minéraux. On pèse ce résidu, et on l'appelle « cendres ». Le code d'étiquetage le dit lui-même : « les cendres ne sont pas ajoutées aux aliments, c'est le résidu de la méthode d'analyse et représente principalement les minéraux ». Il autorise d'ailleurs deux autres formulations, « résidus incinérés » et « matières inorganiques ».3
1
On prélève
Un échantillon de l'aliment part au laboratoire.
2
On incinère
Tout ce qui est organique brûle et part en fumée.
3
On pèse ce qui reste
Au fond, les minéraux. Ce poids-là, c'est la ligne « cendres ».
Donc : calcium, phosphore, magnésium, sodium. Un chat en a besoin. Ce qui se discute avec un vétérinaire quand les reins sont fragiles, c'est la quantité.
2. « Sans céréales », est-ce mieux ?
Une étude a comparé 77 croquettes pour chats, dont 35 sans céréales. Les sans-céréales déclarent en moyenne 64 g de glucides pour 1000 kcal contre 86 g pour les autres : environ un quart de moins. Mais les auteurs relèvent aussi un recouvrement important entre les deux groupes, et les valeurs viennent le plus souvent des fabricants, non d'une analyse.7
Sans céréales ne veut pas dire moins de glucides
Grammes de glucides pour 1000 kcal, sur 77 paquets de croquettes
Sans céréalesAvec céréales
0 g120 g
Sans céréales, 35 paquets, 64 g en moyenneAvec céréales, 42 paquets, 86 g en moyenneLà où les deux se mélangent
Les paquets d'un même groupe ne se ressemblent pas. Sans céréales, on tourne autour de 64 g, à 16 g près. Avec céréales, autour de 86 g, à 22 g près. C'est ce que couvre chaque barre. Valeurs déclarées par les fabricants pour la plupart, non analysées.7
Entre 64 et 80 g, on trouve des paquets des deux sortes. Un paquet sans céréales peut donc contenir plus de glucides qu'un paquet avec, et la mention ne dit rien de celui que vous tenez.
Dans ces recettes, les céréales sont remplacées par des pois, des lentilles, de la pomme de terre ou du manioc, qui apportent aussi des glucides. La mention déplace la source des glucides, elle ne la supprime pas.
L'inquiétude qui circule à ce sujet est souvent mal rapportée. L'agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux a enquêté de juillet 2018 à décembre 2022 sur un lien possible entre ces recettes et une maladie du cœur : chez le chien. Elle a cessé ses mises à jour sans avoir pu établir de cause à effet.8 Chez le chat, une étude de 2023 portant sur 52 animaux n'a trouvé aucun écart de taille du cœur, de fonction cardiaque ni de taurine sanguine entre gros et petits consommateurs de légumineuses. Ses auteurs relèvent tout de même, chez les gros consommateurs seulement, une paroi du ventricule gauche d'autant plus fine que le régime durait depuis longtemps, et demandent que le point soit réexaminé.9
3. Un bol de lait, alors ?
L'image a la vie dure. La lactase, l'enzyme qui coupe le lactose, s'effondre après les premières semaines : mesurée à 96 unités par gramme de protéine chez le nouveau-né, elle tombe à 13 à 6 semaines et à 7 chez l'adulte.10 La dispersion est large, quelques adultes en gardent : c'est pour ça que le chat du voisin boit son lait sans rien et que le vôtre passe la nuit dehors.
La lactase s'effondre après les premières semaines
Activité mesurée, en unités par gramme de protéine
À la naissance96
À 6 semaines13
Adulte7
Mesures sur 32 chatons et 26 adultes. Les écarts individuels sont importants (96 ± 66 à la naissance, 7 ± 8 chez l'adulte), et c'est ce qui explique qu'un chat tolère le lait quand le voisin ne le tolère pas.10
Ce qui n'est pas coupé reste dans l'intestin, y attire l'eau, et donne une diarrhée.
⚠ Pour un chaton orphelin
Le lait de vache n'est pas du lait de chatte : ni la même composition, ni les mêmes proportions. Un chaton non sevré a besoin d'un lait maternisé pour chaton, et d'un avis vétérinaire rapide. C'est une situation où l'improvisation coûte cher.
La question de la forme
Ces 5 réflexes valent devant n'importe quel paquet. La question suivante, c'est celle de la forme : quelle place donner à la nourriture sèche et à la nourriture humide chez votre chat. La réponse dépend de l'animal.
Code de bonnes pratiques d'étiquetage des aliments pour animaux familiers, FEDIAF, traduction française FACCO. Paliers en annexe 5, cendres et humidité en annexe 12. Document au format PDF, nouvelle fenêtre